Zeh Palito, Songe d’une nuit d’été

Comme le sable entre les doigts, les mots nous fuient pour parler du travail de Zeh Palito. Le visage à demi effacé de ses figures humaines forment des îlots de silence dans l’explosion cacophonique et jubilatoire des couleurs qui scandent de surprenantes compositions où les fleurs exotiques et les animaux sauvages posent l’hypothèse du réel et les fulgurances de l’imaginaire. Nous l’avons interrogé un peu avant les Jeux Olympiques de Rio, alors qu’il travaillait sur un murde l’aéroport. « Je m’appelle Zeh Palito, artiste brésilien diplômé d’un master en design, et je suis aussi éclectique que le pays qui m’a vu naître. Je suis amoureux de ce pays, de ses couleurs chaudes et festives que je veux partager avec tous ceux qui les ont oubliées ou qui ne peuvent plus les voir parce qu’ils sont partis. Je suis ému, curieux, émerveillé par la nature et la beauté du monde, et j’espère que mes peintures font voyager car la peinture c’est l’histoire de ma vie, mon quotidien et cet enthousiasme que je veux partager. »

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Ton travail me fait penser au surréalisme de Dali, mais aussi,au post-impressionnisme de Gauguin. Qu’en penses-tu ?

Dali, qui a reçu une éducation artistique académique et qui est passé d’une brève période impressionniste au surréalisme où il a été un électron libre. Dans les années 50 il se rapproche des catholiques, et se tourne vers la Renaissance tout en s’inspirant des découvertes scientifiques de son temps. Comment ne pas aimer sa touche, son univers, sa curiosité ? Quant à Gauguin, c’est un de mes artistes préférés avec Henri Matisse et Francis Bacon. Mais je suis également passionné d’art africain et asiatique et je suis incapable de décrire mon travail ou de le ranger dans une catégorie. Je crains d’emmurer ce que je fais sous un label  » street art, muralisme, néomuralisme… » Comme la culture brésilienne, mon travail est un mélange et j’essaie de rester curieux et ouvert. Alors je te laisse trouver la dénomination appropriée.

En Amérique du Sud, la culture murale est importante. Comment envisages-tu tes interventions sur les murs ?

La rue offre une possibilité de contact direct avec la collectivité à une échelle humaine. A l’origine, les muralistes se servaient de la rue comme tribune pour évoquer les situations politiques et sociales. Il y a de moins en moins de muralistes engagés. Les grandes marques passent des commandes aux artistes à des fins commerciales, l’Etat pour donner une touche originale et une identité aux quartiers gentrifiés. Je respecte le travail de chaque artiste, même si l’utilisation de l’espace public s’accompagne parfois d’une censure importante. L’art mural se plie comme le reste aux codes du marché.

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Utilises-tu les mêmes medium sur toile et sur le mur ? As-tu un support de prédilection ?

J’utilise l’acrylique, le latex ou la bombe sur le mur. Sur toile, je privilégie l’acrylique. J’aime les peintures murales pour la liberté des grands espaces, l’énergie qu’on déploie et l’interaction avec le public. Mais j’aime encore plus la toile où je m’enferme, où je me perds, où je reste seul avec moi-même. En fait j’ai besoin de ces deux mondes, ces deux espaces différents.

La composition est un moment crucial de ton travail. Comment prépares-tu tes oeuvres ? Comment hiérarchises-tu les étapes de la composition ?

Habituellement, j’effectue un travail préparatoire de recherches sur le lieu. Je me balade, je discute avec le voisinage, je m’imprègne de l’ambiance générale. Le pays, le quartier ont une énorme influence sur moi, je tiens à être connecté avec la communauté et le lieu. La composition commence toujours par un concept, une idée que je veux offrir en partage à mon auditoire. Je mûris le projet longtemps, chez moi, souvent dans mon jardin. Ensuite je prends les différentes composantes : la figure humaine, les animaux, les plantes. Je me libère en laissant vagabonder les images. Les idées viennent naturellement, mais il faut choisir le thème qui va structurer l’ensemble.

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Peux-tu m’expliquer pourquoi les portraits sur toile ou sur mur sont-ils tour à tour effacés, brisés ou coupés ?

Il y a la magie et le mystère de l’inachevé. Chacun est libre de s’approprier ce que je fais en projetant son imaginaire. C’est important que le public puisse compléter le récit avec ses propres codes . Je crois également que mes personnages inachevés sont un peu comme moi, en évolution constante, en devenir, et qu’ils sont ouverts aux autres.

Tu as recours à des couleurs chaudes et vives pour les fleurs, les animaux, la nature. Le contraste est d’autant plus saisissant avec la figure humaine. Ce parti pris donne t-il du rythme à tes compositions ?

Je suis brésilien, latino, noir, métisse, « ops cosmic ». Chacune des couleurs est une partie d’un tout vibrant qui me définit et donne un ADN à ce que je fais. Tous ceux qui viennent du Brésil connaissent l’importance de la nature. Elle fait partie de moi et de ma vie quotidienne. Je cultive des fruits et des légumes dans un grand jardin au milieu de nulle part. C’est souvent là que je viens me ressourcer après des voyages aux quatre coins du monde. J’ai d’autant plus d’amour pour la nature que les villes se développent très vite et même quand elles intègrent des éléments naturels, notre perception de la nature est transformée. A défaut de pouvoir agir sur l’évolution des villes, j’implante des bulles d’oxygène sur les murs et j’espère ainsi poser la question de notre place et notre avenir sur terre.

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Rien n’évoque les Jeux Olympiques dans ce que tu réalises pour l’aéroport. Ton parcours de grand voyageur a servi de passeport pour ce projet ?

J’ai voyagé dans 38 pays, vécu en Corée du Sud, aux USA, en Afrique et en Europe et ces voyages n’ont fait que renforcer mon amour et mon engagement pour mon pays. Le Brésil a un passé étonnant, avec ses indigènes, ses noirs américains amenés comme esclaves et les réfugiés politiques asiatiques qui sont arrivés pendant la seconde guerre mondiale. La situation économique et politique est loin d’être parfaite et je pourrais parler pendant des heures des inégalités conséquentes au colonialisme. Mais ma peinture n’est pas faite pour ce débat. A vrai dire j’ai réussi à convaincre l’aéroport de me suivre sans leur montrer la moindre esquisse. Nous nous sommes faits mutuellement confiance et tout le monde adore le résultat. Dès la fin de ce chantier je vais m’atteler à une gare dans le sud de Rio. Puis je dois aller à Curitiba dans le sud du pays peindre trois murs. Je pars avec deux amis, Ramon et Rimon. Nous allons travailler sur un building de trente mètres de haut. C’est la plus grande surface que j’aie jamais eu à réaliser, c’est très excitant !

Qui blâme la peinture, blâme la nature, disait Léonard de Vinci, et bien sûr tu seras d’accord. Comment voudrais-tu conclure ?

Je peins parce que je suis né pour peindre. Je crois que tout le monde vient sur la planète pour une mission et c’est ma mission. Et je souhaite à chacun de trouver sa voie!

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