Marc Freeman : il est libre, Marc !

Interview Balthazar Théobald-Brosseau

Par le rythme de ses formes et le jeu des couleurs, la fluidité de ses courbes et figures, la peinture de Marc Freeman évoquait pour nous les estampes japonaises. Sans jolies femmes, sans courtisanes et créatures fantastiques, il nous semblait percevoir une narration joyeuse et légère comme si l’artiste transcrivait d’une nébuleuse invisible une série de mises en scène familières et sophistiquées.

marc freeman

 

Marc, suis-je dans le juste en faisant le lien entre ton travail et le Japon ?

Tu es le premier qui me parle de cela. C’est amusant parce que j’ai grandi dans une maison entourée d’estampes japonaises du mouvement ukiyo-e. Un des amis de mon père était un grand collectionneur d’art japonais, il faisait des allers retours avec l’Asie très régulièrement et chinait là- bas des choses incroyables. Mon père en a acheté un bon nombre avant ma naissance. Ces estampes ont bercé mon imagination et ma création pendant des années. Je leur trouvais une légèreté dans la composition, dans l’organisation des différents flux, une sorte de douceur. L’esthétisme semble prendre le bas sur le sujet, c’est assez passionnant.

marc freeman

La ligne de couleur qui relie les formes géométriques ressemble à un paraphe. Comment est née cette ligne qui prend des formes différentes d’un tableau à l’autre ?

La ligne est à la fois une référence au « Grand Geste » qui a marqué l’histoire de l’art abstrait qu’à l’outil pinceau informatique. Ces deux gestes sont chacun l’antithèse de l’autre puisque l’un des deux se réfère au corps de l’artiste comme personne tandis que l’autre peut s’effectuer d’un coup de poignet sur la souris de l’ordinateur et traduit en pixels. J’aime la relation entre la surutilisation du langage informatique et son rapport à l’humain. Dans le cadre de ces recherches, j’ai créé une image à petite échelle, sur l’ordinateur et l’ai ensuite traduite à grande échelle sur la toile. Je masque les bords pour faire référence à la perfection numérique mais j’applique la peinture moi même pour accentuer l’utilisation de la brosse par la main.

Utilises-tu l’acrylique ou composes tu les tableaux avec des collages ?

Le processus implique une première étape esquissée, à petite échelle puis terminée à l’ordinateur avant d’être reproduite sur la toile. Je m’adapte aux matériaux qui m’inspirent. Certaines matières ne peuvent pas se superposer à d’autres donc il faut que je sois relativement organisé dans mes intentions.

marc freeman

En 2014 tu intègres le classement des 100 peintres de demain ! Cette publication a -t-elle changé le regard de tes collectionneurs ?

J’ai des collectionneurs partout en Europe et on m’écrit tous les jours pour me féliciter, acheter mes oeuvres. Cela apporte une vraie mise en avant et donne de la confiance. Avant le livre, je ne touchais qu’un cercle très restreint de personnes. Faire partie d’une telle sélection m’a fait prendre conscience que mon travail pouvait réellement plaire, être collectionné, être exposé. C’est arrivé à un super moment pour moi.

Tu exposes régulièrement à la galerie Nellie Castan. Qui est elle ? Comment défend-elle tes projets ?

Nellie a tenu une galerie jusqu’en 2014. Elle a toujours exposé des artistes incroyables. J’adorais cet espace lorsque j’étais étudiant. Je venais aux vernissages, je prenais des photos des expositions. Puis, à force d’y aller, le manager m’a remarqué. Je cherchais un travail alors il m’a embauché comme accrocheur. J’y ai travaillé pendant 6 ans. Nellie voulait absolument voir mon travail d’artiste mais je ne me sentais pas prêt à lui montrer. Ce n’est qu’au bout de la quatrième année que j’ai osé. Elle a adoré. Elle m’a proposé de faire une exposition à l’arrière de la galerie, dans la partie expérimentale. Ca a super bien marché, bien vendu et l’année suivante elle m’a laissé l’espace principal pour mon solo show. J’ai passé des jours et des nuits à travailler sur les 8 énormes toiles qui ont composé ma première exposition.

marc freeman

Tu es diplômé de l’Université Royale de Technologie de Melbourne qui est l’une des universités des plus prestigieuses d’Australie. Comment se passe l’enseignement des arts là-bas ?

C’est une des trois meilleures universités pour les Beaux Arts à Melbourne où j’ai grandi. Ils placent une importance capitale dans la conception de l’oeuvre, la réflexion en amont de la création. C’est très particulier. Pendant plusieurs années les élèves ne font que réfléchir autour de la création. Nous présentions des portfolio d’images sur lesquelles des professeurs nous demandaient de réfléchir au pourquoi du comment. Ca peut être un peu décourageant pour certains. Il m’a fallu quelques temps après l’Université pour me remettre à créer. Je ne me sentais pas très bien à l’époque mais cette éducation m’a beaucoup servi pour la suite.

Comment s’est effectué ton passage à la School of Visual arts de New York ?

Après un jour là-bas, j’ai fait une crise d’angoisse ! Je vivais chez mes parents à Melbourne, j’avais mes amis, mes occupations et je me retrouvais tout seul dans une ville incroyablement grande. Heureusement, il n’a pas fallu longtemps pour m’adapter. Il y a une telle énergie à New York, on en devient rapidement dépendant. Cela pousse à donner le meilleur de soi. Je ne savais pas vraiment ce que je voulais faire, ma pratique était vraiment jeune. Alors j’ai beaucoup marché, je me suis adapté à la ville pour chercher des idées, structurer ma création.

Comment te projettes-tu dans les 10 prochaines années ?

Je suis assez sceptique alors je pense souvent au futur. Mais je suis également très différent de la personne que j’étais l’année dernière. Je pense être très changeant. Ce qui est sur, c’est que j’ai trouvé la voie vers laquelle je veux faire aller mon travail plastique. Donc je ferai surement toujours ces créations abstraites dans 10 ans. J’aimerais vivre à l’étranger, peu importe ou, peut être à New York et exposer de plus en plus en Europe.